Leave Lana alone

Ça y’est, l’album le plus attendu de ce début d’année est enfin sorti et parmi la presse spécialisée, c’est la course à celui qui clamera sa déception en premier. Alors oui, l’album se veut hyper sophistiqué et frise parfois le kitsch, mais ne mérite aucunement cette vague de snobisme si propre à la presse spécialisée parisienne.

Avant même la sortie de l’album, la multiplication des singles n’inaugurait déjà rien de bon et installait vite un certain malaise: le public recevait beaucoup trop d’information. On connaissait déjà presque la moitié du disque avant sa sortie! Pendant ce temps-là, Lana multipliait les couvertures sous des titres plus ou moins accrocheurs (“Lana del Rey – L’arnaque?” “Une icône est née”) et était même en playlist sur NRJ. Personne ne pouvait échapper à la vague Lana del Rey.

Le disque suprême sort le 27 janvier et se place directement au top iTunes. Malheureusement, ce règne ne durera que quelques jours.

La première chose frappante sur ce disque, c’est son rythme tout à fait étrange: les quatre premières pistes ne sont autres que Born to Die, Off to the races, Blue Jeans et Video Games, soit les titres déjà bien connus du public. On rassure gentiment l’auditeur en lui rappelant pourquoi il a acheté cet album. Aucune surprise donc sur les 18 première minutes; et on s’attend déjà à une écoute très, très laborieuse.

Finalement, l’album n’est pas si mal: la voix de Lana rayonne, et si en live elle paraît insipide, elle vous transporte ici ailleurs au fil de ses histoires tragiques et joue merveilleusement de sa voix grave, parfois sensuelle au possible, et parfois pleine de dépit. Elle incarne à la perfection son personnage tiraillé; elle parle d’argent, des hommes, des femmes, du rêve américain. Lana del Rey a réussi cet exploit auquel peu parviennent: donner à chacune de ses chansons une dimension épique, un parfum d’épopée -merci à l’orchestre omniprésent. On pourrait même dire que c’est un bon album pop, si seulement il n’avait pas misé aussi ouvertement sur cet aspect. Tout au long de l’écoute, on ne peut s’empêcher de penser “ce disque a été conçu pour plaire au plus grand nombre” comme pour Rihanna. Au contraire de cette dernière toutefois, les partis pris sont réels, mais hélas bien trop timides. Un autre détail qui ne concernera peut-être que nous: on a constamment l’impression que ses lèvres l’empêchent d’articuler et de chanter clairement; mais c’est une simple impression.

Le disque est surfait, frôle le kitsch, et plus on avance sur la tracklist, plus ça nous agace: pourquoi ces bruitages électroniques sur le remastering de Video Games, sur Dark Paradise? Ces effets presque dub sur le refrain de This is what makes us girls? Ces étranges “AH” épisodiques sur Summer Sadness et This is what makes us girls? Ces aboiements incessants sur Off to the races? Le pire pour la fin: quid de ce vilain passage en français susurré sur Carmen qui défigure tout le morceau? Mother of God.

Les choeurs de National Anthem, Dark Paradise, Summertime Sadness les caricaturent en chansons pour le Stade de France. Au fil de l’écoute on se rend compte qu’on tourne vite en rond: c’est toujours la même recette. On se serait même bien passé de certaines pistes comme Radio, Lucky Ones et Summertime Sadness aux grands airs de Born to Die, qui n’apportent strictement rien à l’album.

Il y a beaucoup à dire et à redire sur ce disque de Lana del Rey, mais il serait incorrect de parler d’imposture ou d’arnaque. Les seuls déçus sont ceux qui l’aimaient ou la haïssaient à outrance, en lui prêtant des promesses qui n’ont jamais été faites que par eux-mêmes: il s’agit tout simplement d’un album pop, qui plus est d’un premier album si l’on puit dire. Oui on l’a trop vue, trop entendue, mais on ne peut nier que malgré quelques maladresses il y a des morceaux réellement bons en dehors de ses singles vedettes, et on ne peut surtout pas enlever à Lana el Rey son timbre exceptionnel. Notre seul regret étant qu’elle ne parvienne pas encore à mettre en valeur ce dernier en live.

Alors laissez-là tranquille, d’autant plus que sa pochette est vraiment jolie, et qu’on adore Off to the races, Million dollar man. Et que ce remix de Born to Die est super sympa.

2 Comments to “Leave Lana alone”

  1. Elle a quand même une belle bouche à pipe.

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