On avait découvert John Talabot par un pur hasard avec la sublime piste So will be now… en collaboration avec Pional. On ne sait absolument rien de lui -à part qu’il vient de Barcelone et réside aujourd’hui à Berlin- mais son album est sorti le 27 janvier et on l’a écouté. Et on a tout de suite été conquis.
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La pochette est certes très peu engageante, mais très révélatrice de l’univers du producteur espagnol : torturé, tortueux, impénétrable. La première piste Depak Ine vous donnerait presque froid dans le dos et vous happe aussitôt dans cette atmosphère angoissante, aux choeurs et échos lugubres à souhait; et on sait déjà qu’il faudra s’armer de patience pour appréhender ce disque qui s’annonce résolument inhabituel.
La production est d’ailleurs étrange : les synthés semblent grossiers, les basses caricaturales par moment, les sons et échos trop bruts. Ca nous met mal à l’aise, et au fil de l’écoute on se sent irrésistiblement absorbé par les abysses interminables de Talabot. Heureusement on ne sort pas de ce disque totalement anéanti par les méandres du mal-être de l’artiste : l’opus est extrêmement bien rythmé, si bien qu’on est constamment en oscillation entre langueur et éveil.
Des pistes plus accessibles comme la géniale Destiny (toujours en collaboration avec Pional) redonnent un coup de fouet à l’opus. La voix de Pional rayonne et le morceau en devient presque sensuel, avec une enivrante pluie de synthé. On retombe dans les tréfonds impénétrables de Talabot avec El Oeste et Oro y Sangre avec leurs rythmes tribaux, leurs synthés, frileux à l’extrême, qui sonneraient presque faux par moment. Journeys, en collaboration avec Ekhi, est plus aérienne et redonne tout de suite des couleurs à l’album. Avec Missing You, Last Land et When The Past Was Present, l’opus se fait plus franc et extrêmement puissant; alors on ne comprend pas trop H.O.R.S.E., anecdotique à nos yeux. Talabot aurait parfaitement pu finir sur So Will Be Now…, qui conclut magnifiquement l’album.
En somme, un disque quasiment mystique avec ses multiples chants et rythmes tribaux, qui sonnent comme des incantations. On en sort perplexe mais ravi : on a devant nous la prouesse d’un véritable album, de bout en bout, doté d’un univers qui semble infini. Une des plus belles surprises de ce début d’année, que vous pouvez acheter ici.
Si vous n’avez pas le courage d’affronter ces 11 micro-univers de l’album, vous pourrez tout de même apprécier les subliminales collaborations entre Talabot et Pional (Destiny, So Will Be Now…) ainsi que When The Past Was Present.

